Traduit de l’article de Giuliana P.

La mythologie nous a transmis l’image d’un Saturne sombre et inflexible, capable de dévorer ses enfants, obsédé par la soif de pouvoir et terrifié par le passage inexorable du temps qui allait consumer toutes ses réalisations et toutes ses conquêtes, le contraignant à donner vie à de nouvelles formes et à de nouveaux êtres qui lui raviraient sa primauté et sa royauté.
Mais Saturne est également connu comme l’ancestrale divinité agricole capable d’ensemencer la terre, comme le souverain prudent et juste de l’âge d’or, comme le Seigneur impeccable mais implacable du karma qui, dans sa soif de justice, équilibre sans faille les dettes et les crédits, révélant ainsi la réalité, et les faits qui la constellent, pour ce qu’elle est, c’est-à-dire impersonnelle et équitable, capable de montrer la vérité à ceux qui regardent en eux-mêmes et autour d’eux avec des yeux clairs et sans voile.
« Les gens se sont mis à aimer le mot « karma ». Il est maintenant répété dans les diverses parties du monde, mais peu en ont appris la signification. (…) Ils croient fermement que, quelques part, existent les Seigneurs du Karma qui seront assez gentils pour les libérer même su destin le plus grave! Peu comprennent que l’effet de la Loi ne peut être changé sans effort mutuel. L’homme est toujours prêt à produire un karma douloureux par la pensée et l’action, il espère pourtant être libéré de ses conséquences douloureuses, par un miracle d’au-delà des montagnes. Les hommes ressemblent à des enfants lorsqu’ils discutent du karma, ils espèrent que quelqu’un d’autre prendra la responsabilité de leur comportement. » (1)
« L’homme a soif d’illusions et s’éloigne de plus en plus de la réalité. C’est sur la base de tous les grands principes et grandes lois, que nous pouvons repérer les miettes déformées qui ont obscurci la conscience. Que reste-t-il alors de toutes les Alliances de Feu ? » (2)

Le mythe nous parle également de Calliope, la plus éminente des Muses, mère d’Orphée et de Lino, les chanteurs divins qui, grâce à la puissance de leurs paroles et de leur musique, ont su enchanter les êtres vivants et recréer la réalité, extérieure et intérieure.
Après que Calliope, avec ses enfants et ses sœurs les Muses, ait chanté l’Être, ce qui reste est le joyau caché au cœur de l’Être lui-même, l’Inviolé, l’Innommable, la pure Essence qui est en substance Vérité, Beauté et Bien. Avoir saisi un éclair de la lumière de ce joyau permet de vivre philosophiquement, d’habiter poétiquement le monde, de se gouverner soi-même et la réalité avec une sagesse aimante.« Le terme [philosophie] » – souligne Madame Blavatsky –« est composé de deux mots grecs dont la signification est destinée à en indiquer le sens secret, et devrait être interprété comme « sagesse d’amour ». (…) Il signifie « amour divin », cet élément universel de l’omniprésence divine répandu dans toute la Nature, qui est à la fois la cause principale et l’effet. La « sagesse de l’amour » (ou philosophie) signifiait l’attraction et l’amour de tout ce qui se cache derrière le phénomène objectif et sa connaissance ». (3)
Calliope est également l’image de ce feu ardent de la pensée créative capable de faire parvenir au Monde des Idées ceux qui se laissent inspirer par son chant exaltant, celle qui, par son toucher profond, a donné vie à la philosophie occulte, a déployé le langage, a rapproché la connaissance de la sagesse, la « belle voix » du cœur qui illumine l’esprit.

« La vie comporte une éternelle succession d’idées et de manifestations d’énergies cosmiques. Comment un esprit qui ne projette pas sa pensée dans le domaine des idées pourrait-il adopter le concept de l’Infinité ? Lorsque la pensée acceptera la signification de ce quelque chose, vital et réalisable, l’unification avec le Feu de l’Espace, elle révélera à l’homme le lieu de la joie et de la vérité. Les quêtes de la pensée ont conduit à l’acceptation des annales du passé. Elles conduiront à la réalisation des mondes supérieurs, ainsi qu’à l’irradiation par la Mère du Monde. L’effort conduira à la beauté infinie ! “ (4)
Aujourd’hui, selon la vision héliocentrique, Saturne et Calliope se rejoignent dans les eaux purifiantes et insondables des Poissons et illuminent leur substance de la splendeur de la sagesse et du Vrai.
Il n’y a pas de mensonge dans le travail incessant de Saturne qui régule les pensées, les sentiments et les actes afin qu’ils soient conformes à la vague évolutive et ne laissent pas de rides ou d’obstacles sur le chemin individuel et collectif ; il n’y a pas de tromperie dans la lumière froide et précise que Saturne jette sur nous, faisant apparaître l’ombre que nous craignons tant et que nous refusons souvent obstinément, montrant la « vérité nue » de ce que nous sommes.
« Le Bienheureux disait: « La Vérité est la seule source du courage ». La vérité correctement comprise est le plus beau chapitre de sagesse dans le livre du Cosmos ». (5)
Il n’y a pas non plus de mensonge dans le doux chant de Calliope qui élève sa voix pour nous montrer le monde des idées, pour nous inciter à modeler notre chant sur le sien et à atteindre les sommets immaculés de l’esprit ; il n’y a pas de tromperie dans sa démarche sage et clairvoyante, alors que ses pas sont enveloppés par la lumière de la parole juste et par l’aspiration à la Vérité capable de dissiper les brumes illusoires du discutable.
« il est important de comprendre comment nous pouvons atténuer les conséquences de la relativité. Elles peuvent être atténuées par la vérité effective ; mais la vérité ne peut être réalisée qu’à travers la spiritualité et, par conséquent, l’éveil de la spiritualité devient une condition cosmique. » (6)

Le monde est plongé dans le mensonge et la tromperie, obscurci et illusionné par les nombreuses formes tourbillonnantes qui séduisent l’humanité, la flattent et la troublent, faisant apparaître comme réel ce qui n’est que transitoire et éphémère. La Vérité semble de plus en plus inaccessible et inconnaissable, cachée par les innombrables masques déformés avec lesquels les hommes voilent son visage.
« Le monde doit être sauvé », entend-on répéter de toutes parts et de différentes voix, et l’Enseignement avertit : « Le seul salut réside dans le fait de tourner son esprit vers la lumière du Vrai ». (7)
Le salut réside donc dans l’épanouissement de la splendeur de la Vérité, de la Beauté et du Bien.
Et pour que le monde regorge de fleurs, il est nécessaire de semer dans les jardins de la conscience de l’humanité le germe de la Vérité, de la Beauté et du Bien.
Dès maintenant.
Hors des racines de la Vérité éternelle, il y a beaucoup de poussière. Le temps est venu d’enlever les excroissances. (Illumination § 106)
Notes
1-Collection Agni Yoga, Surterrestre I § 229
2-Collection Agni Yoga, Monde du Feu III § 152
3-P. Blavatsky, La Doctrine Secrète, vol. III, p. 294, note 15
4-Collection Agni Yoga, Infini I § 96
5-Collection Agni Yoga, Illumination § 255
6-Ibidem, § 158
7-Collection Agni Yoga, Appel § 2




