Traduit de l’article de Marinella C.
Dans le champ céleste actuel, très mouvementé et stimulant, Jupiter, Seigneur de l’Amour et de la Sagesse, et Mercure, le Magister Musicae, porteur du Rayon de l’Harmonie, se trouvent tous deux en Cancer, le premier en trigone avec Vénus, le Mental illuminé, qui transite au centre du Scorpion, et le second avec Saturne et Neptune, conjoints à l’incipit du Bélier, le signe des commencement. Mercure s’oppose également à Pluton, le destructeur des formes obsolètes qui se trouve dans les premiers degrés du Verseau, signe de la nouvelle ère, et est conjoint à la muse Thalie, celle qui est festive, porteuse de joie et d’ironie.
Aujourd’hui, en somme, dans le ciel résonne, cette joie d’amour que le Christ a définie comme « une sagesse particulière », qui nous parle de nouveaux départs, et nos cœurs reconnaissants répondent à cet appel en s’ouvrant comme des fleurs et en exhalant le parfum de leur beauté.

Dans ce contexte lumineux, réfléchissons donc à cet état de conscience particulier que nous appelons la Béatitude.
*
Commençons par revenir avec la pensée du cœur à l’époque où le Grand Maître marchait sur les routes de la Terre en apportant la Bonne Nouvelle. Un jour, il prononça un discours, connu sous le nom de « Discours de la montagne », dans lequel, s’adressant à tous ceux qui s’étaient rassemblés pour l’écouter et à ceux qui l’écouteraient à l’avenir, il dit ceci :
« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils hériteront la terre. Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heureux lorsque l’on vous insultera, que l’on vous persécutera et que l’on dira faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous et exultez, car votre récompense sera grande dans les cieux. (…) » (Évangile selon Matthieu 5 – 7)

Au son puissant de ces mots, beaucoup de ceux qui étaient présents se sont probablement sentis réconfortés, ont compris la valeur de leur existence et ont réalisé qu’ils étaient, d’une certaine manière, privilégiés, c’est-à-dire engagés sur la voie du salut et de la béatitude, et ont vraisemblablement décidé de redoubler d’efforts pour mener une vie vertueuse, sans se laisser détourner par la méchanceté du monde. La béatitude ici est donc la « récompense des hommes justes », qui peuvent accéder à des lueurs de ciel auxquelles s’accrocher au milieu des événements de la vie ordinaire.
Douze siècles plus tard, saint François tint un discours similaire à ses compagnons qui le suivaient, parlant de la parfaite joie, cet état de joie authentique et de sérénité intérieure que l’on trouve dans l’acceptation des souffrances et des injustices avec patience, amour et gratitude.
Comme toujours, certains, même parmi ses proches, ne comprirent pas ses paroles, mais d’autres en perçurent la valeur et continuent encore aujourd’hui à le suivre sur le chemin de la béatitude.
*

Au cours de la première moitié du siècle dernier, au début de la transmission de son enseignement, le Maître de l’Agni Yoga a posé sept affirmations qui en ont défini la nature intrinsèque et ont établi la qualité de la relation avec les disciples auxquels il se consacrait :
Je suis ta Béatitude
Je suis ton Sourire
Je suis ta Joie
Je suis ton Repos
Je suis ta Force
Je suis ta Valeur
Je suis ta Sagesse
Ce sont des phrases percutantes et clairement assimilables aux sept Rayons, qui laissent penser qu’elles doivent être comprises comme autant de façons de décrire cet état de grâce, cette plénitude sereine et joyeuse, cette perfection relative indépendante de toute situation extérieure, que nous reconnaissons comme la Béatitude.
Notre Béatitude, donc, est le Sourire du Maître, tel que nous le voyons représenté dans les tableaux ou sculpté dans les statues, sur le visage des grands Êtres et qui, lorsqu’il s’épanouit en nous, nous procure un sentiment d’amour profond, subtil, inclusif et intense.
Le troisième aspect de la Béatitude nous parle de cette Joie légère et cristalline qui émane de l’aura du Maître et qui nous envahit parfois soudainement lorsque nous sommes face à Son Enseignement ou à la beauté de la création.
Le quatrième aspect est Son Repos, ce « lieu » de paix où tous les opposés se résolvent en harmonie, cette quiétude confiante et sereine qui provient de la conscience qu’Il est en nous maintenant et pour toujours.
Et c’est de Sa Force que nous ressentons jaillir cette certitude tranquille et confiante, mais déterminée, qui nous permet d’oser dire, en regardant les étoiles brillantes : « Salut à vous, Frères ! »
Le sixième aspect de la Béatitude est la Valeur du Maître qui habite en nous et qui efface toute peur résiduelle de nos cœurs ; nous en faisons l’expérience dans ce silence tendu où nous avons la conscience que rien n’est impossible.
Le dernier aspect est Sa Sagesse, qui nous permet enfin de nous reconnaître, à notre tour, comme des maîtres.
Rappelons-nous également que le Maître nous dit que « chacun possède un réceptacle de béatitude qui lui a été confié » : c’est notre trésor, qui doit être conservé et nourri avec soin dans notre cœur commun.

*
Au cours de cette même période riche d’Enseignements, le Maître Tibétain, dans son Traité du Feu Cosmique, nous explique que la Béatitude se trouve au niveau de la conscience atmique et qu’elle est la sublimation du sens de l’ouïe : elle est donc liée au Son qui crée et maintient l’existence de la Création.
Nous rapportons ici des extraits du texte à ce sujet (voir pages angl. 190 à 192) :
L’ouïe. C’est, très normalement, le premier sens à se manifester ; le premier aspect de la manifestation est le son, et c’est nécessairement la première chose que l’homme remarque sur le plan physique, le plan de la manifestation la plus dense, celui des effets les plus marquants du son, envisagé comme facteur de création. Le plan physique est avant tout le plan de l’ouïe ; c’est donc le sens attribué au plan inférieur de l’évolution, et aux sous-plans inférieurs de chacun des cinq plans. Sur le septième plan, le plus bas, l’homme doit arriver à la connaissance complète, de l’effet du Mot Sacré à mesure qu’il est proféré. En se répercutant dans tout le système, il conduit la matière à sa place désignée ; c’est sur le plan physique qu’il trouve son point de matérialité extrême et sa manifestation la plus concrète.
La clé que l’homme doit découvrir et utiliser, lui révélera le mystère de :
- Son propre son.
- Le son de son frère.
- Le son de son groupe.
- Le son de celui des Hommes Célestes auquel il est relié.
- Le son du Logos, ou son de la nature ; le son du système solaire et du Grand Homme des Cieux.
Notons donc, que sur le plan physique, l’homme doit découvrir sa propre note, en dépit de la densité de la forme.
- Sur le plan physique, il trouve sa propre note.
- Sur le plan astral, il trouve la note de son frère ; grâce à l’identité d’émotion, il reconnaît l’identité de son frère.
- Sur le plan mental il commence à trouver la note de son groupe.
- Sur le plan bouddhique, ou plan de la sagesse, il commence à découvrir la note de son Logos planétaire.
- Sur le plan atmique ou spirituel, la note logoïque commence à résonner dans sa conscience.
L’ouïe s’exerçant sur le plan astral est communément appelée clairaudience et signifie : faculté d’entendre les sons du plan astral. C’est une faculté qui se manifeste dans la totalité du corps astral, l’homme entend avec tout son véhicule, et pas seulement avec les oreilles, organes spécialisés, produits par l’action et la réaction sur le plan physique.
L’ouïe sur le plan mental est simplement l’extension de la faculté de différencier les sons. L’ouïe sur tous ces plans est en rapport avec la forme, concerne la vibration de la matière, et intéresse le non-soi. Elle n’a rien à voir avec la psyché, ou la communication télépathique qui procède de mental à mental, mais avec le son de la forme et la possibilité pour une unité de conscience séparée, de percevoir une autre unité, qui n’est pas elle-même. Souvenez-vous bien de cela. Lorsque l’extension de l’ouïe devient telle qu’elle concerne la psyché, alors nous l’appelons télépathie, cette communication sans mots qui est la synthèse de l’ouïe des trois plans inférieurs, reconnue par l’Ego dans le corps causal sur les niveaux sans forme du plan mental.
Sur le plan bouddhique, l’ouïe (qui possède alors cette qualité synthétique appelée télépathie) se manifeste en compréhension totale, car elle comporte deux choses :
- La connaissance et la perception du son individuel,
- La même connaissance du son de groupe, qu’elle unifie complètement. Cela engendre une compréhension absolument parfaite, et c’est le secret du pouvoir du Maître.
Sur le plan atmique l’ouïe parfaite devient béatitude. Le son, base de l’existence ; le son, méthode d’être ; le son, ultime unificateur ; le son reconnu comme raison d’être, comme méthode d’évolution, et donc comme béatitude.
Sur la base de ces indications, notre mental pourrait, à première vue, nous faire croire que nous sommes très éloignés du plan atmique, où réside la Béatitude. Mais ce n’est pas le cas : tout d’abord parce que, comme nous le savons, la distance est une illusion ; ensuite parce que, en tant que groupe, nous sommes déjà assurément établis au niveau télépathique et donc proches du plan bouddhique ; enfin, parce que nous savons que les plans de conscience ne sont pas imperméables et que, lorsque notre conscience se stabilise à un certain niveau, des étincelles de conscience se projettent déjà sur les niveaux suivants.
Enfin, considérons que, tandis que l’ouïe se transforme en Béatitude, les autres sens commencent eux aussi à changer de nature et à renforcer le processus d’élévation.
Nous pouvons donc affirmer que nous connaissons tous le son sans son de la Béatitude, cet océan infini de silence que le cœur absorbe et contient, dans lequel nous pouvons nous retrouver plongés, soudainement, au milieu du bruit quotidien, éblouis par la beauté de la terre, par le silence du ciel, ou par la puissance intemporelle d’une œuvre d’art, ou encore lorsque nous sommes enveloppés et pénétrés par la musique composée et jouée avec maestria par des esprits et des mains humains.
Laissons-nous donc guider par l’aspiration de l’esprit qui, comme le dit le Maître, est « l’étincelle de la Béatitude » et nous permet de nous diriger avec détermination vers le sommet majestueux de Shamballa.

L’Œil universel de Shamballa transmet la Béatitude à l’homme ; Il est une Lumière sur son chemin ; Il est cette Étoile qui a toujours guidé tous les chercheurs.
(Collection Agni Yoga, Hiérarchie § 5)




